Les hommes n'échangent-ils que ce dont -ils ont besoin?
Méthode d'approche du sujet:
Repérez les concepts:
Echanges – besoin- humanité
Concepts associés:
Besoin, nécessité vitale, corps, utilité A distinguer de: désir, besoins spirituels.
Echanges: lien social, parole, commerce
Humanité: société, cité, famille
Analyse de la question posée:
La question porte sur l'échange: Qu'est-ce qui est échangé dans les échanges ? On s'interroge sur les causes et les buts de l'échange.
Reformulation de la question posée:
La finalité de l'échange n'est-elle que de satisfaire un besoin?
Les hommes ne cherchent-ils à échanger que des biens utiles?
N'échange-t-on que par nécessité?
Rédaction possible du devoir
L’introduction explique la question posée par le sujet (problématique)
L’échange désigne le fait de donner une chose contre autre chose, mais quand on parle des échanges, on renvoie plutôt à un ensemble organisé de transactions.
La question posée se réfère à l’enracinement des échanges dans le besoin. Les hommes, dès qu’il leur est impossible de vivre en autarcie cherchent à se procurer un certain nombre de biens matériels nécessaires au maintien de leur vie. Le mot besoin désigne tout d’abord en effet ce qui par nature est utile à la survie physiologique, même si des facteurs historiques viennent rendre plus complexes les besoins humains. Le besoin peut être toutefois dépassé par le désir et les échanges entrent alors dans le domaine du superflu, de l’artifice.
La signification des échanges est-elle plus large? Elle semble ne pas se limiter à la circulation de biens matériels et de services marchands. Certains types d’échanges sont l’occasion de tisser des liens qui, s’ils supposent toujours quelqu' intérêt et en ce sens importent à l’homme, sont déconnectés des besoins physiologiques.
Ne pourra-t-on pas dire alors que les hommes échangent, sans souci du besoin, pour créer du lien social et se faire reconnaitre de leurs semblables?
Il importe que le développement soit divisé en parties distinctes (deux ou trois, et non pas 15 paragraphes) Chaque partie doit avoir une unité autour d’un thème dominant.
Les hommes échangent parce qu’ils ont des besoins à satisfaire. C'est le but de l'échange économique.
La cité n’est –telle pas née du besoin? Telle est la thèse soutenue par Platon ou Aristote.
La vie sociale a pour origine « l’impuissance où se trouve chaque individu à se suffire à lui-même et le besoin qu’il éprouve d’une foule de choses» République Dès que les techniques ont un peu évolué, les hommes ne peuvent plus vivre en autarcie, les métiers se spécialisent et les hommes échangent le fer contre le blé …etc.
Ces échangent peuvent prendre la forme du troc ou recourir à un intermédiaire, la monnaie, mais ils sont d’abord utiles à la vie.
Aristote décrit ainsi des échanges marchands dans le cadre de la maison. L’acquisition de biens pour se nourrir est tout à fait nécessaire et honorable. Une famille doit posséder tout ce qui lui est nécessaire pour vivre en autarcie.
« La richesse est dans la nature, parce qu’il est de la nature de l’homme d’assurer sa subsistance et de détenir les moyens (une propriété) à cette fin. » Aristote Le Politiques.
Historiquement, bien sûr, on peut voir varier la définition du besoin. Au 18 ème siècle, une journée de salaire peut correspondre à un kilo de pain. Nous considérons que la nourriture doit être plus variée, nous mettons parmi les besoins fondamentaux l’accès au livre ou l’instruction des enfants etc …. Marx au 19 ème siècle considérait cette multiplication des besoins comme un signe du progrès humain.
On peut toujours se demander si, de naturels et nécessaires qu’ils étaient les besoins ne se changent pas en besoins artificiels, superflus. A partir de quel moment entre –t- on dans l’ordre du désir en outrepassant le domaine du besoin.?
Le moteur des échanges n’est –il pas le désir?
Lorsqu’ Aristote décrit la mise en place de la monnaie comme « substitut du besoin » intermédiaire
utile dans les échanges, il décrit aussi une forme perverse de recours à la monnaie. Elle cesse d’être un instrument pour devenir un but en elle-même. Le marchand fait du commerce en vue du gain. Il faut différencier l’échange naturel entre producteurs pour les besoins et l’échange spéculatif. Aristote condamne l’échange monétaire sous forme développée qui a pour but le maximum de profit. Il critique le marchand: il ne peut pas être un bon citoyen car il se livre à une acquisition sans justice alors que la cité doit être tournée vers le « bien vivre ». Le marchand sera plutôt le météque c'est-à-dire l’étranger, le non- citoyen, sa place sera plutôt dans les ports et non au cœur de la cité. Dans les échanges marchands, c’est le goût du profit qui domine. Les hommes échangent, non pas en vue du besoin, mais pour accumuler de l’argent.
Au 18 ème siècle, Adam Smith reconnait en l’homme « un penchant naturel à trafiquer ». Il ne lui donne pas de valeur morale, il reconnait que c’est une passion. De cette passion égoïste il fait cependant le ressort d’une prospérité commune tout en admettant que ce but n’est pas le but conscient des différents protagonistes des échanges. « Une main invisible ... » est censée harmoniser les intérêts égoïstes et les faire concourir au bien commun. C’est bien reconnaître aussi qu’on est loin de la problématique du besoin: les hommes sont avides de s’enrichir, ils sont passionnés et cette passion les pousse à échanger.
On pourrait dire que nos modernes sociétés de consommation s’inscrivent toujours dans cette logique. La machine économique crée des « besoins », invente de nouveaux produits. On est tout à fait dans l’ordre de l’artifice. Les consommateurs ne vivent sans doute pas mieux, mais ils participent à l’enrichissement de quelques uns au moins, car on peut contester l’optimisme de Smith et son idée de prospérité commune.
Ce type d’échanges génère plutôt des inégalités.
Il semble donc qu’on puisse distinguer les échanges « utile » et liés au besoin, des échanges reposant plutôt sur les désirs ou la cupidité, qu’on peut soupçonner d’être conflictuels. Nos sociétés sont des sociétés marchandes, ou tout à tendance à s’acheter et se vendre, mais faut-il s’en féliciter? Cette évolution ne se fait elle pas au détriment d’autres sortes d’échanges dont la gratuité ne signifie pas la moindre importance.
Les hommes échangent, sans souci de leurs besoins matériels, mais seulement pour créer entre eux des liens de réciprocité et de reconnaissance.
Les ethnologues décrivent d’anciennes formes d’échanges qui sont complètement coupées du besoin.
Dans le sacrifice, les hommes établissent des relations avec les Dieux, il s’agit de faire perdurer un certain ordre du monde. Hénaff fait une analyse sociologique du Mythe de Prométhée. L'institution du sacrifice marque la conscience que les hommes ont d'avoir reçu un don de Dieu et de devoir rendre en échange.
Dans les relations de don réciproque cérémoniel, les partenaires voient se créer entre eux des relations de pouvoir. Lors du potlatch, décrit par Mauss donner oblige l’autre, soit à accepter son infériorité, soit à rendre plus tard, mais à rendre plus. L’existence de ces échanges cérémoniels marque un mépris de la stricte utilité qui transparait dans les échanges liés aux besoins.
On gaspille des biens, on marque une certaine prodigalité, car ce qui importe, c’est de faire reconnaitre son prestige. Nos sociétés modernes connaissent cette circulation des cadeaux au moment des fêtes.
Plus largement, on échange des sentiments, des marques d’affection, des idées ….
Lorsque Rousseau décrit la naissance des premières sociétés, il imagine une fête autour d'un puits. Les hommes s'y rencontrent pour chercher de l'eau, mais la passion amoureuse nait bientôt. « Le cœur s'émut à de nouveaux objets» La simple satisfaction des besoins se double d'échanges symboliques. En nourrissant ses enfants ou sa famille, une mère donne aussi de l'amour. Les échanges entre adultes et enfants se doublent du devoir d'introduire les plus jeunes dans la société telle qu'elle est constituée. Ils ont une vertu éducative. On dialogue. L'ordre politique se constitue par la « publicité » au sens du 18 eme siècle, c'est à dire le débat sur la place publique.…
Conclusion
les sociétés humaines vivent d'échanges, matériels ou symboliques c'est à dire liés à la transmission d'idées ou de valeurs.
