Du pur sujet de la connaissance - Du génie - Schopenhauer
Schopenhauer : Du pur sujet de la connaissance.
Texte : Edition Mille et une nuits N°571
Référence: CH Salaün Philosopher avec Schopenhauer - Collection Ellipse. (Lecture conseillée).
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Schopenhauer est un penseur pessimiste, pour lui l'homme mû par des désirs sans fins, est confronté à une sorte d'impossibilité d'être heureux.
Il accorde une grande place à l' œuvre d'art, parce que pour lui, la contemplation esthétique est un moyen de nous libérer de la souffrance.
Ce texte est donc une réflexion sur ce que nous apporte l'art, tant du point de vue général de la contemplation de l'œuvre d'art pour nous, pour l'homme du commun, que du point de vue de l'artiste créateur de l'Œuvre d'art dont Schopenhauer va nous expliquer qu'il est tout à fait à part du commun des mortels.
Qu'est ce qui permet de créer une œuvre d'art?
A la base de la création artistique, il y a une certaine qualité de la connaissance.
Cette affirmation peut nous paraître étonnante, on pourrait s'attendre à lire que l'artiste sait créer des formes, a des aptitudes plastiques, qu'il est habile. Schopenhauer nous entraîne dans une autre direction.
P.8: «Toute œuvre d'art véritable, doit avoir pour principe et pour base une connaissance soumise à ces conditions.»
Pour créer un œuvre d'art il faut parvenir à un certain type de connaissance. Voyons de quelle sorte de connaissance il s'agit.
Il faut parvenir à une connaissance que Schopenhauer nomme objective, et qu'il désigne comme une connaissance de l'Idée, au sens platonicien du terme.
Le chemin pour parvenir à un tel type de connaissance est indiqué: Schopenhauer parle d'un « changement» nécessaire. Un acte de «renoncement à soi même»
Il dit encore qu'il faut parvenir à séparer la connaissance d'avec «la volonté» P.7 ou il parle d'
«élimination de tout vouloir».
Il nous faut donc voir ce que Schopenhauer nomme vouloir ou volonté. Ce vouloir ou cette volonté va constituer le côté du sujet qu'il faudra éliminer pour parvenir à une connaissance objective ( tournée vers l'objet).
Qu'est ce que la volonté chez Schopenhauer?
L'ouvrage majeur de Schopenhauer se nomme «Du monde comme volonté et représentation»
L'œuvre étudiée est une partie de ce texte: les chapitres XXX et XXXI du Tome III
Le monde est d'un côté ma «représentation». Il m'apparait d'une certaine manière. Puis connaître ce qu'il est en lui-même? (On peut dire aussi «en soi» )?
Certains philosophes répondent «non» (Kant)
Schopenhauer choisit de dire qu'on peut accéder à ce qu'est le monde «en soi» par le biais de l'expérience de notre corps.
Le monde est en soi « volonté».
Le mot volonté ne renvoie pas seulement à ce que nous appelons volonté consciente.
«Ma volonté est, comme volonté consciente l'expression particulière d'un principe beaucoup plus vaste avec laquelle elle a une parenté immédiate.»
L'expérience de mon corps est celle d'un vouloir au sens ou j'ai en moi des désirs qui lorsqu'ils sont satisfaits me procurent du plaisir et lorsqu'ils sont contrariés me procurent de la douleur.
Schopenhauer généralise à toute la nature cette expérience du vouloir. Chaque être est pour lui volonté, l'expérience la plus aboutie étant celle du vouloir humain. De la plante, à l'animal, à l'homme, il y a quelque chose en commun.
Dans la plante, quelque chose la pousse à croître.
L'animal cherche à satisfaire ses besoins et à survivre. Il lutte pour l'existence.
En l'homme, la volonté est aussi effort sans fin, pour satisfaire ses besoins vitaux d'une part, mais aussi pour tenter de donner satisfaction à des désirs.
L'expérience majeure de l'homme, la seule expérience positive pour Schopenhauer est celle de la douleur.
(Voir feuille annexe )
Le désir se renouvelle constamment et avec ce renouvellement l'expérience de l'insatisfaction, du manque.
«La satisfaction d'aucun souhait ne peut procurer de contentement durable et inaltérable».
Comme les moralistes antiques Schopenhauer conçoit le bonheur comme un état stable, un état d'absence de troubles ou encore d'ataraxie.
Cette stabilité recherchée n'est jamais acquise.
Si nous donnons satisfaction à un manque, nous gagnons le manque du manque.
La valeur de l'objet convoité réside dans son attente. Quand nous possédons l'objet convoité, il nous déçoit.
Pour Schopenhauer, nous ne faisons pas l'expérience de la satisfaction, mais notre seule expérience positive est celle de la douleur et du manque.
La vie humaine est donc tragique par essence, c'est une vie de douleur.
Il nous faut rompre avec cette expérience, il faudrait que notre conscience cesse d'être toute entière remplie par cette expérience du manque.
C'est ce que Schopenhauer appelle «renoncer à soi même», faire taire son individualité, ou encore «s'oublier comme sujet». Il faut dépasser nos appétits et nos désirs, contourner la puissance de notre volonté.
Remarque:
Avons nous le choix?
"Il faut une modification dans le sujet" (haut de la page _) mais Schopenhauer écrit qu'elle n'est pas le fait de "notre libre arbitre" ce qui signifie que nous ne pouvons décider par nous mêmes de nous mettre dans cet état où nos désirs se tairaient. Est-ce à dire que l'homme n'est pas capable, par une décision libre de créer par lui même les conditions de son propre bonheur?
Devenir un pur sujet de la connaissance
Schopenhauer dit que l'effacement de la volonté se fait quand on devient un pru sujet de la connaissance, c'est à dire quand notre conscience du monde extérieur se trouve purifiée de tout mélange avec la volonté.
Nous allons maintenant expliquer ce point
Les conditions à réunir pour que cela soit possible, si ce n'est pas une décision de notre libre - arbitre.
Les conditions permanentes
(haut de la page 9) C'est justement ce qui se produit dans le cas du Génie. Le génie est décrit (voir plus loin les analyses du génie P. 28 et 29) comme "anormal". Il est différent du commun des mortels parce qu'il y a en lui une prééminence de l'intellect sur la volonté.Mais on n'explique pas comment il parvient à cet état. On s'en remet à la notion de "don". Tout se passe comme si, il avait reçu d'ailleurs cette aptitude exceptionnelle, ce que vient suggérer l'emploi du mot génie.
Perfection du cerveau
Constitution physiologique: il est donc dans sa nature d'avoir cette aptitude exceptionnelle.
Les conditions passagères
Ces conditions là semblent plutôt concerner le commun des hommes: le bon sommeil, le bain froid, tout cela parait propre à donner plus de place en l'homme à l'activité cérébrale qu'aux désirs.
Il s'agit de parvenir à une connaissance intuitive du monde extérieur, ou de ce qu'on appelle l'objet. L'objet, c'est ce qui est posé devant nous étymologiquement.
Une connaissance intuitive est une connaissance immédiate. Intuitere, c'est voir.
La connaissance intuitive s'oppose à la connaissance par raisonnement qui elle, enchaîne des raisons , passe par des intermédiaires.
On peut parvenir à une situation de contemplation de l'objet, et c'est justement le propre de la contemplation esthétique dans laquelle la conscience de notre propre moi et de nos souffrances est effacée? C'est un état de "félicité absolue" c'est à dire de bonheur.
Remarques: Le mot bonheur étymologiquement contient le mot "chance" (heur=chance) Les moralistes préfèrent souvent utiliser le mot béatitude ou le mot félicité qui font moins référence au mot chance et qui signifie moins que le bonheur nous échoit par hasard.
On peut remarquer que Schopenhauer semble identifier le bonheur ou la félicité à l'absence de douleur ce qui est une définition assez négative.
Les pages 8-9-10 répètent avec des formulations différentes la même analyse Il y a donc une insistance de Schopenhauer sur ce qui est important et qu'il met au cœur de cet extrait. "Plus nous avons conscience de l'objet, moins nous en avons du sujet.... Plus le sujet occupe la conscience, plus faible et plus imparfaite est notre intuition du monde extérieur" (Bas de la page 8 , haut de la page 9) "La connaissance pure, sans mélange de volonté se produit donc lorsque la conscience des autres choses s'élève à une telle puissance que la conscience du moi propre disparait" (haut de la page 10 )
La conscience peut être tournée dans deux directions.
Elle est conscience de soi, retour sur soi, réflexion. Dans ce cas, elle est conscience des désirs et des intérêts qui nous agitent.
Elle peut être conscience de l'objet, du monde extérieur.
Dans la vie ordinaire, chaque fois que nous nous tournons vers un objet du monde extérieur, nous le rapportons à nous et à notre subjectivité, nous nous demandons quel usage nous pourrions faire d'un objet technique, si nous voyons un bateau, nous pensons au plaisir que nous pourrions retirer d'une croisière ou à la souffrance que nous a causée le départ d'un proche.Nous ne sommes pas en paix.
Divers exemples pris dans le texte de Schopenhauer peuvent nous aider à comprendre cela.
Un peu plus loin, c'est l'exemple du touriste qui arrive dans une ville étrangère. (P.15 )Le touriste qui arrive n'a pu tisser aucun lien avce la ville et ses habitants, il n'a aucun souvenir et n'a aucune attente.
Il est dans une attitude de contemplation que Schopenhauer appelle désintéressée. Aucun intérêt, ( désir, souhait, sentiment) ne le relie à la ville.
Il contemple au sens où il est purement connaissant et où rien de cette vie affective ne vient se mêler à cette connaissance.
A contrario, Schopenhauer donne P.19, un exemple d'un regard intéressé. " Nous regardons par exemple des maisons, des vaisseaux, des machines, avec la pensée de leur destination, nous regardons les hommes avec la pensée de leurs rapports avec nous..."
Nous ne considérons d'ordinaire les choses "que dans leurs relations" c'est à dire en fonction de nos attentes et de nos calculs d'intérêt. C'est l'attitude commune de la plupart des hommes.
Le texte est donc traversé par une grande opposition qui se répète entre ce qui vient de la volonté et ce qui est de l'ordre de la connaissance.
Bas de la page 10 :" La volonté, en tant que principe de subjectivité est l'opposé, l'antagoniste de la connaissance"
La conscience de soi s'exprime au plus haut point dans ce que nous nommons un "acte volontaire".L'acte volontaire est préparé par des "motifs" au sens large, non pas seulement des raisons mais des mobiles d'ordre affectif ( désir- répugnance). En Français, on utilise le mot"motif" dans le sens de "raisons" et on garde le mot"mobile" pour désigner ce qui est d'ordre affectif et passionnel et qui nous pousse à agir.
Donc plus diminue la conscience de notre propre moi, plus nous nous tournons de manière désintéressée vers l'objet seul et plus nous en voyons la beauté. Cette attitude est pour Schopenhauer celle de la contemplation esthétique qui est toute intellectuelle.
Les occupations intellectuelles ne sont pas entièrement dépourvues de lien avec la volonté. (P;12)
«La réflexion abstraite, la lecture …. appartiennent aussi, au sens plus large, à la conscience des autres choses, c'est à dire à l'occupation objective de l'esprit. Mais,ce n'est encore indirectement»
Raisonner, lire, est-ce avoir fait taire sa volonté?
Schopenhauer répond «non».
Pour que l'esprit soit actif, il faut qu'il soit mis en œuvre par la volonté qui lui fixe un but à atteindre. Il faut un projet et une claire conscience de ce projet.
On raisonne pour choisir un projet professionnel, pour gagner de l'argent. On raisonne pour trouver un moyen de s'évader de prison.
Le travail intellectuel est «mêlé de quelqu' effort».
C'est pourquoi, lorsqu'on raisonne, on n'est pas entièrement tourné du côté de l'objet, en ayant fait taire sa volonté. « Ce genre d'occupation intellectuelle ne comporte pas d'objectivité parfaite de la conscience telle qu'elle accompagne la conception esthétique»
P.13 : pour dire cela, Schopenhauer emploie la métaphore de la flamme obscurcie par la fumée.
Schopenhauer conclut donc ce passage sur le raisonnement et l'activité intellectuelle en disant que seul l'art nous détache vraiment de la volonté.
Schopenhauer fait un bilan de ce qui vient d'être ditt. ( bas de la page 12) pour dire que seule l'œuvre d'art permet de parvenir à un état parfait de connaissance, c'est à dire à une connaissance intuitive.
de l'essence des choses: «reconnaître non plus la chose particulière, mais l'idée de son espèce» En ayant le plus possible anéanti la conscience qu'on peut avoir de soi, de ses intérêts, de ses désirs, de ses souffrances. «La conscience propre ne subsiste qu'à titre de soutien de l'existence objective de ses effets» P.12
Il ne faut pas, bien sûr anéantir toute conscience car nous ne pourrions même pas avoir une conscience de l'objet, mais il faut éteindre toute notre vie affective et nos intérêts.
«La difficulté pour cet état de se produire» bas de la page 12
Notons la formule: Schopenhauer ne dit surtout pas que c'est une question de décision libre. «L'état se produit …
comme si nous étions passifs « malgré nous»
La vertu de l'œuvre d'art
(Quelle est son excellence, ce qu'elle réussit à produire comme effet)
«Nous ne pouvons concevoir l'essence purement objective des choses et les idées présentes en elles qu'en ne prenant aucun intérêt aux choses mêmes, parce qu'elles n'offrent aucun rapport avec notre volonté. De là vient que …. réalité» P.13Qu'appelle-ton réalité? Il s'agit de ce qui nous est donné dans notre expérience sensible, ou historique.
Par exemple un animal, celui qui vit dans notre maison ou galope dans un pré.
Il est difficile pour nous, en le regardant de saisir k' «Idée» au sens platonicien du terme ou encore l'essence de l'animalité, c'est à dire les caractères qui seraient communs à tous les animaux en général. Nous pouvons en effet avoir des liens affectifs avec l'animal ou des intérêts de nature diverse. L'effort intellectuel serait trop grand «Pour saisir l'idée au milieu de la réalité ….» (Bas de la page 13.) Page .6
Schopenhauer se place dans une perspective analogue à celle de Kant.
Face à l'œuvre d'art, nous sommes dans une attitude de désintéressement . Kant, rappelons le, décrit le plaisir esthétique comme un plaisir désintéressé.
Dans l'agréable, nos inclinations sont pour lui impliquées. Pour éprouver du plaisir, il nous faut nous approprier l'objet, nous ne sommes pas libres à son égard. Face à l'objet beau, nos inclinations se taisent. Kant décrit le plaisir esthétique comme un plaisir pur. L'œuvre d'art engendre un plaisir d'une qualité particulière, nos facultés jouent librement et c'est un plaisir qui nous paraît pouvoir être partagé avec tout être ayant les mêmes facultés.
Schopenhauer parle également de désintéressement dans l'art. Il décrit cependant ce désintéressement d'une manière particulière: il ne dit pas que face à l'œuvre d'art nous éprouvons du plaisir.
Il dit que nous sommes dans une attitude de sujet connaissant: nous connaissons les Idées des choses.
L'œuvre d'art n'a aucun rapport avec notre volonté( volonté au sens de désirs et d'intérêts). Si nous contemplons une nature morte hollandaise, elle n'éveille pas notre appétit par exemple. Si un Constable représente la campagne anglaise, nous n'avons pas un regard de propriétaire terrien spéculant sur des profits à venir etc ….«Ce que nous apercevons dans un tableau ou dans une poésie se trouve en dehors de toute relation possible avec notre volonté»
Les «Idées»..... ressortent donc plus facilement de l'œuvre d'art que de la réalité.» P.13.
L'œuvre d'art nous amène à une connaissance de l'Essence des choses»: elle s'adresse donc bien à notre faculté de connaître.
L'œuvre d'art est la création du Génie. C'est le propre du génie de jeter sur le réalité ce regard particulier qui lui permet de saisir l'essence des choses et c'est cela qu'il est capable de mettre dans l'œuvre d'art qu'il nous donne à contempler. ( voir pour compléter cela l'analyse du Génie présentée au début du texte suivant)
L'art rend la volonté muette « en présentant à notre intuition un objet situé lui même hors du domaine des choses capables d'intéresser la volonté» (milieu de la page 14)
Schopenhauer généralise aux arts plastiques ( dans lesquels l'artiste crée des formes) mais aussi à la poésie.
Ce regard de pur sujet connaissant qu'on jette sur l'œuvre d'art, on peut parvenir parfois à le tourner vers la réalité.
«C'est une conception de ce genre qui nous fait paraître pittoresque un objet aperçu et poétique une événement de la vie courante ...» Nous employons ces deux adjectifs quand nous adoptons face à notre expérience l'attitude propre à la contemplation de l'œuvre d'art. ( bas de la page 14)
Quand le poète célèbre la beauté de la nature, il célèbre en fait l'aptitude de certains spectacles naturels à nous faire prendre cette attitude de pur sujet de la connaissance.
Qu'y gagnons nous: «la tranquillité de cœur.»L'homme recherche la fin de ses souffrances et la poésie la lui procure. Et pour l'auteur, seul l'art peut la lui procurer..
P.15 Schopenhauer développe les exemples expliqués plus haut.
Après avoir évoqué la contemplation de l'œuvre d'art, Schopenhauer en vient à sa création.
"A plus forte raison est-elle indispensable à la création des œuvres esthétiques" Les productions de la philosophie, de la poésie et des arts plastiques viennent d'une attitude intellectuelle propre au génie "La contemplation objective pure. On retrouve dans le génie la synthèse de tous les aspects énoncés plus haut. Il a su faire taire toutes les manifestations de sa volonté et de ses désirs.Il est désinteressé. Il est alors le pur sujet de la connaissance. Il est essentiellement intellect et saisit intuitivement les idées platoniciennes des choses. ( Tout cela est développé dans le texte suivant :"Du Génie") La création artistique ne nait pas d'une aptitude exceptionnelle à créer des formes , elle nait pour l'auteur d'une certaine disposition intellectuelle à prendre le chemin d'un certain type de connaissance. "Le génie est une disposition à faire prévaloir cet état. (P.16 bas) Disposition : aptitude naturelle d'origine inexplicable, donnée aux uns et non aux autres par la nature. Le génie y gagne la cessation de la souffrance. Le gain est donc un gain moral. La conscience individuelle de soi débouche sur la souffrance . (tristesse, misère)
Le créateur d'art voit des idées immuables, éternelles. (P.17, en haut) Il est à l'abri de la naissance et de la mort. Le sujet individuel vit au contraire dans un monde changeant et éphémère, comme lui.
On peut attribuer à l'homme deux existences.
En tant que volonté, individu.
En tant que "contemplateur purement objectif" , il est "toutes choses" Il n'est plus auprès de lui même et de ses désirs et de ses souffrances.
Il faut contempler le monde en lui même sans rien y mêler de soi. (P.18 en haut)
P19- P20 . Schopenhauer oppose à nouveau les deux manières de se tourner vers le spectacle du monde : maisons vaisseaux ....
Ou bien nous sommes intéressés, nous rapportons ce spectacle à nous mêmes et il peut être cause de désirs, donc de souffrances.La plupart des hommes a ce regard: c'est considérer les choses dans leur relation à notre personne.
Ou bien nous contemplons les choses en elles mêmes, or de toute relation à ce que nous sommes et à nos désirs. (P.20-en haut) Nous percevons, l'essence des choses, ce qu'elles sont en elles mêmes , les idées platoniciennes. Cela suppose ( p.19 en bas ) une augmentation de notre intelligence intuitive. On contemple ce qu'il y a de général en chaque être: l'animalité , non tel animal, l'humanité, non tel individu.. Nous connaissons"Les idées des choses".
Quelles conditions faut-il réunir?
Une activité cérébrale plus grande.
Il faut que le spectacle n'offre aucune relation avec nous. Prendre cette attitude est plus facile face à un spectacle qui n'offre aucune relation avec nous . Il peut nous être étranger. Rappel: une ville inconnue.
Schopenhauer reprend des exemples.
Nos passions, nos sentiments troublent notre connaissance. Selon que nous sommes joyeux ou tristes, le spectacle du monde ne nous apparit pas de la même manière.
(exemple de la vieille qui apporte une lettre d'amour).
Nos penchants ou nos répugnances modifient notre représentation du monde.
L'œuvre d'art a une valeur durable parce qu'elle représente l'objectivité pure, une image débarrassée de toute relation avec notre volonté.
"L'objectivité seule fait l'artiste" (P.22 en bas). Elle est conquise quand " l'intellect est détaché de la volonté"
P.22 . L'auteur prend l'exemple du jeune homme. Il est capable de contemplation esthétique de la nature , mais va la gâcher parce qu'il projette sur le spectacle de la nature des attentes et des désirs. Il introduit donc dans le monde des attentes personnelles, et ainsi cesse le spectacle de la beauté.
P.23 en bas : " Aucune chose n'est belle qu'aussi longtemps qu'elle ne nous concerne pas "
L'art la poésie transfigurent la vie. La lune est belle, parce qu'elle est sans rapport avec nous. Elle ne nous réchauffe même pas.Elle est donc " sans intérêt pour nous" et peut être l'objet d'une pure contemplation esthétique. (vis à vis du soleil, nous avons des attentes....)
Le soleil qui traverse un vitrail, n'éveille en nous aucune attente : ni souffrance, ni plaisir.
La contemplation esthétique est pour Schopenhauer absence de douleur , elle n'est pas décrite positivement comme faisant éprouver un plaisir.
Du Génie
Le génie, ses particularités
Tout homme peut parvenir à la contemplation esthétique: regarder une chose pour elle même, dans sa généralité. Dans les faits ces hommes sont rares.
Qu'est ce qui fait le génie? Par essence, il a une aptitude éminente à la contemplation. L'intellect occupe en lui la plus grande place. Il est"anormal" Il peut s'oublier comme sujet, il a une connaissance objective. Il fait taire ce qui vient de lui (la subjectivité) et voit les choses en elles mêmes.
Sa connaissance est une connaissance des idées des choses: il voit les choses détachées de leur situation spatiale et temporelle. L'animalité dans un animal, l'humanité dans un homme.
Le génie saisit cela par l'intermédiaire de l'entendement aidé de l'imagination. La création artistique est ramenée à la connaissance : le génie connait mieux que les autres.
Schopenhauer hiérarchise les arts
L'architecture et au bas de l'échelle des arts . Elle utilise des forces naturelles , elle représente la lutte entre les forces naturelles. Le le beau y est lié à l'utile. L'architecture nous donne une connaissance objective de la matière.
Les arts plastiques (arts de modeler les formes)
La sculpture représente la forme idéale de l'espèce et parmi les espèces de l'homme. Elle objective la forme idéale dont chaque individu n'est qu'une copie plus ou moins réussie.
La nature fait mille tentatives , le génie lui dit : "Tiens, voilà ce que tu voulais exprimer"
Dans la sculpture, la forme idéale devient sensible, s'adresse au toucher, elle n'est pas encore totalement affranchie du désir d'un corps parfait.
La peinture
Elle offre un point de vue plus désintéressé. Il y a dématérialisation. La vue est plus intellectuelle que le toucher. L& peinture objective l' histoire des hommes.
La poésie est placée au dessus .
Distinction du génie et du talent
L'homme de talent raisonne, procède par concepts: sa pensée est sur le même pied que celle des autres hommes. Le génie est dans un autre monde. Sa représentation du monde est plus objective, plus pure, débarrassée du lien avec la volonté. (Rappel: revoir p.16 "Si la condition intuitive , entièrement objective,.... création des œuvres esthétiques." Le génie fait prévaloir cet état de silence de la volonté.
L'intellect dit Schopenhauer est l'"intermédiaire des motifs".(milieu de la page 29) Un motif, c'est une raison d'agir. dans un cerveau normal, les images des choses sont toujours construites en relation avec nous. Le génie produit au contraire une image désintéressée, sans lien avec notre utilité , ne provoquant aucune crainte, aucune avidité.
Le génie produit une image "pure, nette , objective, désintéressée du monde . ( milieu de la page 30) . Il se caractérise donc par une développement considérable de la faculté de connaissance qui lui permet de saisir ce qu'il y a de général dans l'être . On emploie le mot génie , pour tenter de rendre compte de cette"anomalie" en disant qu'elle est comme une faculté reçue d'en haut, "du dehors" comme quelque chose d'étranger.
"L'essence du génie est donc un excès anormal d'intelligence , dont le seul emploi possible est l'application à la connaissance de ce qu'il y a de général dans l'être" (Milieu de la page 31)
Le génie est intuitif
Mais il ne s'agit pas d'intuition sensible. On faisait de l'intuition un pouvoir inférieur de l'âme, parce qu'on pensait intuition sensible. pour Schopenhauer l'intuition est supérieure à la pensée par concepts. L'intuition sensible dépend de ce qui nous apparait au hasard. L'intuition du génie n'est pas l'intuition sensible d'un objet particulier, c'est l'intuition d'une essence . Le génie met ensuite ses images dans la pierre ou la peinture et les offre aux autres.(P.32)
P. 36 "Dans le particulier, voir toujours le général: voilà le trait caractéristique du génie"
